Une autre justice est possible

Publié le par Meirieu 2010

Philippe Meirieu :

" N’en déplaise à ceux qui dénoncent le laxisme de nos sociétés, les sanctions de toutes sortes ne cessent d’augmenter : nous avons plus de prisonniers que jamais, les tribunaux sont engorgés au-delà de l’acceptable, les conseils de discipline et les exclusions dans les établissements scolaires croissent de manière exponentielle et rien ne semble indiquer que les parents punissent moins leurs enfants aujourd’hui qu’hier. Tout au contraire.

     Bien évidemment, on rétorquera que, si les sanctions augmentent, c’est que les délits augmentent d’abord et qu’il ne faut pas tomber dans l’angélisme. Certes ! Mais nous savons aussi que, plus que jamais, “ la prison est l’école du crime ” et que l’exclusion d’un collège ou d’un lycée est, bien souvent, le point de départ d’une escalade dans la délinquance… C’est que, finalement, l’important n’est pas dans le nombre ni même dans la dureté des sanctions, mais dans leur nature même. Ou, plus exactement, dans leur conformité à ce qui fait le seul véritable intérêt de la sanction dans une société démocratique : sa capacité à réintégrer l’individu dans une collectivité dont il s’est lui-même exclu. Car – et il ne faut cesser de le rappeler -, c’est la faute qui exclut et la sanction qui intègre.

     C’est la faute qui exclut : par la transgression des règles qui garantissent le respect des êtres et des choses, l’on se place en dehors de “ l’espace hors menace ” que doit constituer la société. En humiliant un camarade, en s’appropriant le bien d’autrui ou en dégradant le bien commun, un enfant s’exclut lui-même d’un groupe qui permet, précisément, de mettre chacun à l’abri de l’agression des autres et de préserver ce qui appartient à tous. En agressant ou violentant un de ses pairs, en mettant en péril la sécurité collective, en semant autour de soi la souffrance et la peine, on rompt le contrat social qui préserve aussi bien l’intégrité psychologique et physique de chacun que la pérennité du monde… Et c’est donc la sanction qui doit permettre à quelqu’un qui s’est ainsi exclu de réintégrer le collectif : en réparant, autant que faire se peut, les torts qu’il a causés et en s’amendant pour apprendre à ne plus commettre de faute, à respecter les règles dont il verra qu’elles le protègent lui, tout autant que les autres.

     Or, nous assistons à un étrange renversement. La faute n’exclut plus, elle intègre : bien des délits ne sont commis que pour s’intégrer dans une bande ou un groupe, faire acte d’allégeance à un chef et sortir ainsi de sa solitude. Et la sanction n’intègre plus, elle exclut : elle constitue un stigmate indélébile qui interdit d’espérer reprendre un jour une place dans la société. À nous donc d’inventer et de mettre en œuvre, dans la famille, l’école et la société, des sanctions qui intègrent : des sanctions qui donnent la possibilité de se sentir utile, qui rendent la fierté et permettent aux enfants, adolescents et adultes qui ont fauté de retrouver un sens à leur présence dans le monde. "

Publié dans Meirieu le politique

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